Mercredi 19 août 2009 3 19 /08 /Août /2009 00:18

Notre ami Roger Savarly nous offre en avant première quelques fragments de son prochain roman, It's a strange world. Son auteur nous décrit cette oeuvre comme "une suite potentielle de Le titre du livre, tant sur le fond que dans la forme". Après la prose hallucinée de Couille de chien, le réalisme onirique de Les mains du cuisinier, et la narration compulsive de L'amie de ma femme, Roger renoue avec le récit explosé de ses débuts, privilégiant l'atmosphère et la suggestion, au grè d'une écriture fragmentaire d'une efficaité redoutable.


IT'S A STRANGE WORLD

IT’S A STRANGE WORLD

 

 

   « Bonjour madame, excusez-moi, les galeries Lafayette, s’il vous plait… »

   Et voilà que j’y étais à Paris, combien de détours pour arriver là, sur ces trottoirs sales où se pressent des milliers de touristes, et quelques autres, qui regardent les vitrines, ou bien le clochard étendue devant, ou bien qui garde le regard fixe, semblant ne rien vouloir voir. Ces boulevards immenses et dangereux, où règne la violence mécanique des coupés-cabriolets, ces bâtiments gris, intenses, qui tombent en morceaux, et ces autres rénovés, qui gâchent le paysage ; ce mobilier urbain qui administre l’environnement. Ce bruit, cet environnement sonore, qui bouffe la part des autres. Cette vitesse, cet empressement, cette tension ; cette alchimie agressive qui, camouflée derrière un doux rêve, avait été le but d’un périple de quatre ans… Ce n’était pas du jeu.

    Je devais rencontrer ce correspondant à coté de la station de métro, devant l’entrée du magasin ; moi qui m’attendait à patienter seul, nous étions une vingtaine, au bas mot, à stationner sur cette parcelle de trottoirs. Attendions-nous tous la même personne ? Impossible, avais-je pensé, en me remémorant les termes du contrat… Pourtant, il ne semblait pas s’agir d’une coïncidence ; tout ces types en haillons, avec leur gros sacs à sangles irritantes, de la poussière plein les cheveux, ébouriffés, de surcroit, ces chaussures sans lacets, dépareillées, parfois, ces chemises sans bouton et ces nœuds papillon sans gloire, j’étais comme eux, jusqu’à la moindre chaussette rapiécée, similaire jusqu’à la languette arrachée des baskets, dans notre uniforme de misère qui nous avait mené jusque Paris.

   J’étais consterné ; y avait-il une sélection pour que se presse tant de monde ? Il était censé n’y avoir qu’une seule place, de surcroit elle m’avait été attribuée ; et pourtant, que dire face à tout ces jeunes hommes pressés les uns sur les autres, comme dans une cage ? Cette cage, qui les suivait au moindre pas, c’était la misère, qui les privait de liberté, et les faisait errer dans leur déchéance à travers le monde. Chacun ici désirait cette place plus que tout, et, si je n’avais plus le courage de me battre pour l’obtenir, pourtant il le fallait. Avais-je avalé tant de bitume pour rien ? Je ne me voyais même pas faire chemin inverse. Pour aller où ?

   Mais il ne fallait pas défaillir ; ce n’était pas le moment. Pour le moment, j’avais rendez-vous avec le colonel, c’était le correspondant de l’alliance à Paris, c’était lui qui devait me remettre les clefs de mon poste et les premières consignes. J’étais venus parce qu’on m’avait engagé, le contrat était signé et remis en main propre, il devait s’agir d’un malentendu, d’ailleurs l’heure approchait, j’allais en avoir le cœur net. Un homme vêtu d’un gilet bombé gris, d’un pantalon de toile grise et de grandes bottes de cuir, portant une casquette de routier  blanche et noire, le visage serré, coupé par une longue moustache de jais, s’avança vers l’attroupement statique, qui semblait avoir été abandonné la, comme le leste lâché par les piétons d’un autre monde. L’homme s’arrêta, regarda sa montre ; puis il sortit un panneau qu’il désigna à l’assemblée. « Jay Gibraltar », on y lisait. C’était mon nom ; soulagé, je me présentais devant l’homme. Il me serra la main, fit signe de le suivre, ce que j’exécutais immédiatement ; je jetai néanmoins un dernier coup d’œil derrière mon épaule. Les autres continuaient d’attendre. Je leur souhaitai bonne chance, de tout mon cœur.

   L’homme m’amena jusqu’à une fourgonnette blanche d’apparence pitoyable, et m’indiqua du doigt de prendre place sur le siège passager. L’intérieur sentait le vieux tabac et le désodorisant de synthèse, le tout couplé à un relent d’essence qui devait trahir une fuite, quelque part. Même l’essence fuyait, dans ce monde. L’homme s’installa à son tour, sans un mot, un seul, et démarra le véhicule. Après avoir traversé tout le boulevard, nous arrivâmes à un immense rond point au milieu duquel trônait un imposant édifice cubique, percé de portes, autour duquel le balai des automobiles semblait tourner sans fin ; puis nous sortîmes dans une grande avenue, pour y emprunter l’entrée d’un parking souterrain. Après être descendu au troisième niveau, l’homme gara le véhicule à l’emplacement cent vingt-neuf. Devais-je y voir un signe ? C’était mon numéro d’identité.

   Il faisait froid dans le sous-sol, un froid qui suggérait le vide jusqu’au moindre de ses frissons. Le parking était plein, ou peu s’en fallait ; les seules places vacantes laissées apparaitre, en grands chiffres jaunes leur numéro. L’homme me dirigea jusqu’à une cabine d’ascenseur, située derrière une alcôve dissimulée par un pilier de béton ; lorsque les portes s’ouvrirent, il m’invita à entrer dans l’engin, en me tendant de la main droite une minuscule enveloppe, que je m’empressais d’empocher, comme le bien le plus précieux du monde. Puis l’homme s’en alla, et les portes se refermèrent, sur lesquelles mes yeux restèrent fixés durant l’ascension, qui ne dura que quelques secondes. Puis les portes s’ouvrirent sur un long couloir blanc, éclairé par des néons dispersés sur toute la longueur ; un homme, seul, en blouse blanche, attend au fond.

                                              *

  C’était un gosse ; ils avaient tous l’air de gosses, genre jeune de vingt ans aux airs de vagabond  fugueur, des mômes laissés pour compte et jetés dans la nature. Sauf que ce n’était pas si simple ; éthiquement, cela n’avait rien à voir.

   Celui-là ressemblait au précédent, qu’il venait remplacer, et le prochain sera sans doute à son image, et les suivants. Je les voyais inlassablement se succéder dans la génératrice, l’un prenant l’en place sur la banquette noire d’où l’on venait d’extraire le corps asséché de l’autre ; ils vidaient leur force à la chaine pour alimenter la grosse machine, leur énergie aspirée puis stockée dans la centrale transitoire, flux incessant régulé par ordinateur, sous mon contrôle. Cinq heures par jour, qu’on les pompait de leur vie, jusqu’à l’épuisement ; jamais je n’en avit observé un durer à ce rythme plus de trois ans.

   Ils avaient l’air humain, pourtant, d’apparence, trop humains même, de par leur aspect miséreux, clochards celestes, poupons des trottoirs, jeunes gavroches, pas plus ambitieux que concernés par l’histoire ; on aurait cru pouvoir leur tendre la main, les réhabiliter, leur venir en aide dans leur abandon, leur existence meme était un long cri de detresse ; mais c’était là leur condition, et l’on y pouvait rien. Sans doute avaient-ils un solide lien de parenté avec l’espéce humaine, de par leur morphologie, mais il n’en était rien.

   Il est au bout du couloir, l’ascenceur se referme ; il avance d’un pas mal assuré, effarouché par la lumiére, puis s’arrete devant moi. « Je m’appelle Otto, j’annonce. Nous travaillerons ensemble. Suis moi » . Il hoche la tete. C’est dejà ça.

   Je l’accompagne d’abord jusqu’à sa chambre ; tout extra-terrestre qu’il est, il a besoin de repos. Un buffet a été aménagé à coté du lit, beaucoup de fruits, des extraits de plantes, des sels minéraux ; il a l’air vigoureux, ses forces approchent leur paroxysme, il faute le ménager. Dans quelques jours, il sera juste bon à exploiter.

   C’est qu’il en faut, de l’énergie, pour alimenter une telle machine, la création de l’homme sans doute la plus ambitieuse, la plus dangereuse.

                                                                   *

   La porte des sanitaires était fermé à clef ; pourtant, c’était l’habitude des autres locataires que de la laissait entrouverte, malgré les remontrances quotidiennes du concierge, Mister Joe.

   Le néon était quant à lui allumé, éclairant de sa lumière vivace la surface des cabines de douche et des wc. J’entendis  un peu de bruit provenant d’une des douches, une sorte de froissement bref et répété ; cela ne m’empêcha pas d’uriner en abondance. Puis, lorsque je sortis du lieu d’aisance, je repérai une ombre furtive qui se glissa derriére la porte de la salle d’eau. Etait-ce parce que l’horloge tournait autour de minuit qu’un frisson fit vibrer ma chair encore endormie ? D’un pas lent, je me dirigeai vers la sortie ; en ouvrant la porte des sanitaires, je sursauté face à un jeune homme chétif, collé au mur, l’air effrayé.

« I need help, sir, i’m alone… », prononça-t-il d’un faible filet de voix. Ses gros yeux hagards tournaient en panique dans leur orbite, en roue libre sur son visage figé par l’effroi ; il avait d’autant moins d’allure dans ses haillons déchirés, lambeaux de textiles rouge, piéces de cuir rapiécées, débris de chaussures de toiles blanches, rongées par la boue acide des boulevards de Calcutta. Alors, s’il avait besoin d’aide, je voulais bien le croire.

   Je lui fis signe de me suivre jusqu’à ma chambre, ce qu’il éxécuta d’une timidité excédée par l’excitation, d’un pas trainant et nerveux à la fois, signe d’une fatigue extreme qui s’était incrustée dans son organisme. La petite pièce qui me servait autant de bureau que de dortoir persistait dans un desordre pas possible, cependant il ne semblait pas en mesure de s’en offusquer. « This is my bedroom, buddy. Now we gonna talk… ».

   J’eu beaucoup de difficulté à lui arracher la moindre information. Son anglais était fort sommaire, et il était incapable de communiquer dans tout autre langue qui m’était audible. Aussi, j’étais incapable de déterminer ses origines, ses traits n’était pas particulièrement typés, même si son minois effaré me laissait imaginer qu’il venait d’Europe. Je lui proposais un paquet de chips et quelques pommes qu’il refusa, net, acceptant juste la bouteille d’eau minérale que je lui présentais.

   Puis je fouillais dans ma garde robe, mais la prise fut bien mince ; parmi les uniformes soigneusement pliés, je ne trouvais, pour tout vêtements civils, qu’une chemise rose et un blue jean sans doute bien trop large pour lui. De toute façon, il les refusa aussi sec que les vetements. « I need this clothes, this are my clothes », annonça-il en désignant ses chiffons.

   J’avais pour habitude, avant de dormir, de regarder un film, en fumant un peu d’opium, ce qui avait le mérite de mes délasser totalement des journées épuisantes que m’imposaient le service. Aussi, ne sachant plus très bien que tirer de mon invité, j’étendais le lit d’appoint sur le sol, et y deposa une épaisse couverture mauve et un polochon érodé ; puis je lui fit signe de s’installer. Pendant qu’il apprétait sa couchette de fortune, je mettais en route un film des fréres  Coen qu’ils avaient réalisé au début des années quatre-vingt dix, et, après avoir éteint la lumière, je m’allongeais à mon tour.

   J’avais déjà visionner ce long-metrage plusieurs dizaine de fois auparavant ; pourtant, son atmosphère ouatée, qui se mélait à la fumée, me permettait de pénétrer dans un monde intérieur, d’un confort optimal, vibrant dans un cocon imaginaire, bercé par l’ivresse de l’altérité. Il me fallait généralement moins d’une heure pour m’endormir, et cette nuit-là, je ne dérogeais pas à la règle, d’autant plus pressé d’atteindre cette transition de l’existence qui me séparait de Samantha.

   Etait-ce les particules d’un réve qui avait fait disjoncter la réalité ? Au réveil, j’eu le vague souvenir que le gamin avait briller, au cours de lanuit. Toujours est-il qu’il avait disparu, laissant son lit vacant, mais néanmoins bien rangé, la couverture repliée, le matelas à peine froissé, comme si il n’y avait jamais dormi .

                                          *

Certains racontaient qu’il était né au bord du Nil, un soir de février, tandis qu’on célébrait, à quelques kilomètres de là, les festivités de la libération. D’autres allaient même jusqu’à sortir de leur poche une épaisse plaque de calcaire, qu’ils vous décrivaient comme un fragment de la coquille vide qu’on avait retrouvée près du fleuve. Des milliers, aisément, proclamaient avoir été présent lors de la découverte, et ce n’était pas pour l’argent, en tout cas pas seulement ; il y avait une solide part de rêve dans tout ça, ils y croyaient eux-mêmes, à leurs mensonges, l’éclat de la légende occultait la fadeur de leur quotidien, et, à bien réfléchir, ils ne mentaient pas ; ils l’avaient  bel et bien vu cet œuf, ils l’avaient touchés même, dans la matière de leur fantasme ; et ils l’avaient méritée, cette illusion exutoire, ce privilège de l’esprit qui leur apportait l’espoir alimentant leur survie. Ils y en avaient même qui pleuraient, lorsqu’ils évoquaient la découverte de l’objet, et toutes les perspectives de renouveau qu’ils annonçaient ; car c’était leur sauveur qui avait vu le jour, un soir, qui avait vu la nuit d’abord, sa naissance couverte par les étoiles bienveillantes qui l’avaient procréé. Moi-même, j’étais bien forcé de les croire.

   Un pilote de l’armée russe avait affirmé dans son rapport avoir aperçu distinctement la silhouette d’un homme ailé flottant dans les airs, lors d’un vol d’essai dans la région de Czinaka. Les ordinateurs de contrôle avaient par ailleurs, à plusieurs reprises, signalés une anomalie dans les environs. Plusieurs témoignages de soldats postés entre Mazille et la capitale concordaient dans la description d’un homme oiseau voltigeant au dessus des toits, planant furtivement presque jusqu’à toucher terre, puis s’évanouissant dans les nuages. A l’aide d’images satellites interceptée dans les cieux de l’Emegie, des ingénieurs du ministère mondial à la défense avaient élaboré un portrait robot du spécimen hybride. Mais toutes ces preuves collectées par l’armée, j’avais plus de mal à les croire ; il s’agissait d’informations concrètes, détaillées, disséquées, mais vagues, tellement vagues, sur celui que l’on nommait, chez les hautes instances de la planète, « le phénomène ».

   Cette démystification militaire me semblait une démarche bien moins sincère que celle des Czinakais, qui honorait le miracle de cette créature intrigante, venue apporter à leur terre la délivrance, et à leur peuple la consécration. Depuis des générations, les opprimés des colonies d’Afrique du nord attendaient la venue de l’Ecuador, promesse acquise depuis l’aube des temps. Ce n’était pas d’un dieu qu’il s’agissait, mais d’une sorte de roi céleste dont la matérialisation avait nécessité des siècles de souffrances contenues, enfin justifié par l’apparition de leur protecteur. C’était touchant de les voir si confiant quant à leur avenir, les observer guetter les cieux, lançant un clin d’œil à la silhouette, qui était partout, à chaque instant, absolument partout, prête à accomplir la destiné de ces valeureux exclus de la confrérie humaine. Car sans vouloir frapper sur l’occident et sa démesure malsaine, je n’ai jamais tant vu d’amour, d’espoir et de bienveillance que lors de mon séjour à Czinaka.

  

                                            *

   Jamais elle ne détachait ses cheveux ; toutes les autres le faisaient, même si j’avais cessait de les voir, le souvenir de leurs mains croisées derrière la nuque, tirant sur l’élastique et libérant le flux capillaire, frétillait encore dans ma mémoire. Sa tignasse à elle, blonde éthérée, était plaquée en un amas complexe, sur le sommet de son crane, et lorsqu’impassible, elle quittait le lit et se rhabillait, ils n’avaient toujours pas bougés.

   Peut-être qu’il s’agissait-là d’une intimité personnelle, affaire d’amour propre qui se concentrait en un terrain balisé, exclu des pratiques de son métier. J’avais appris qu’elle était maman d’une petite fille de trois ans, innocente créature qui, en toute sécurité, pouvait se réfugier dans cette ondée chatoyante et interdite à la clientèle. Moi qui avait accès à son être de chair, en contrepartie d’une ablation de salaire à un rythme hebdomadaire, plutôt que de me satisfaire de ses contacts bestiaux qui me laissaient tout honteux, j’aurais tant voulu me plonger dans sa blondeur obscure, fuyante, protégée. Jamais je n’y aurai plongé la main de force, au cours d’une étreinte mécanique, pour la déployer ; mais j’espérais tant qu’elle me l’offre; ça et tout le reste. J’étais idéaliste…

   N’empêche, c’était bien triste ; cela détonnait dans la vision du monde qui avait motivé ma jeunesse. Etais-je vieux ? J’étais surtout seul, comme tout le monde, comme elle, exactement, qui devait enchainer les passes pour nourrir son enfant ; elle aussi, avait était une jeune fille qui avait nourri tant de rêveries. J’étais navré pour elle ; j’étais navré pour nous tous.

    Cette après-midi là elle portait une robe rose et sentait le lilas ; elle avait un sourire spécial qui lui offrait un rayonnement figé dans la glace. Bien que n’en manquant pas, j’étais assez aisé de lui trouver ce nouveau charme, et je passais la demi-heure suivante dans un délice d’apesanteur matérialisé par le corps vibrant de Pamela. Malgré tout les suffrages que sa physionomie remportait, il s’agissait là d’un plaisir spirituel plutôt que charnel, et j’adhérai aux conditions de ses courbes sous le faisceau d’un instant qui avait dévié en un nouvel espace temps. J’étais comblé ; ces cris faibles si chétifs, si addictifs, je n’étais pas certain de les avoir imaginés.

   Lorsqu’elle se rhabilla, cette après-midi là, quelque chose avait changé ; cette impassibilité qui contenait le trouble de ses émotions, cette non-expression-là avait fuit, laissant place à une fébrilité naturelle trahissant une excitation salvatrice. « Monsieur Ferguson, c’est là dernière fois que nous nous voyons…Vous savez, je vous ai toujours trouvé très gentil, et je tenais à vous dire au revoir… »

   Etait-ce une immense joie, où un intense désespoir, qui m’avait plaqué dans le lit, dans le feu d’une longue chute instantanée… Ainsi, nous ne nous reverrons plus… Je n’avais pas réalisé qu’elle était déjà partie. Je n’ai toujours pas réalisé d’ailleurs.

   Ses cheveux… je ne les verrai donc jamais ?

                                         *

   Accident diplomatique à Bruxelles ; douze blessés, dont quatre avec sursit.

Comment composer avec cela ? Cela faisait à peine quarante huit heures que j’avais pris mes fonctions à la présidence du conseil, et déjà mes adversaires pouvaient m’accabler de tous les vices, même s’ils en constituaient la racine. Ils la voulaient, ils la désiraient ardemment, cette guerre, ils n’attendaient que ça, la voir exploser, assister à l’histoire qui défile sous leurs yeux, en temps réel. Pour sur, l’échéance semblait d’autant plus proche.

   Certes, lorsque la mine explosa dans l’enceinte du parlement, et que des centaines de clous rouillés foudroyèrent l’assemblée, j’étais dans mon bureau, occupé par une affaire qui n’entrait pas en compte dans les fonctions de mon mandat. J’avais été happé par l’imprévu, heureusement pour ma vie d’ailleurs, tandis que ce jouait, a quelques centaines de mètres de là, les turbulences d’un monde nouveau. Au moment crucial, lorsque la bombe explosa, j’étais plongé dans une sorte de transe, le regard plongé dans celui d’un jeune homme à l’air perdu, assis face à moi, mes deux mains dans les siennes, je n’étais plus dans mon bureau, j’étais dans un autre moment, posté au sommet du monde, contemplant les ruines d’un futur proche et meurtri. Les visions simultanées et insoutenables se projetaient dans ma conscience à un rythme frénétique, pourtant j’avais besoin d’assister à cette représentation mentale, et lorsque la bombe explosa aux milieux des députés, sa faible détonation se noya dans celles, plus réelles, de ce monde en désintégration qui m’avait happé.

   C’était le meme jeune homme, que j’avais croisé quelques jours auparavant, sur le pont Briançon, lorsqu’à l’arrière de la limousine, j’observais les passants, la vitre baissé. Le véhicule stoppé par le feu rouge,  ce jeune garçon en haillon s’était arrété face à moi, et lança le harpon de son regard dans le creux de mes rétines.  Quelques secondes d’un échange visuel d’une intensité rare, puis le véhicule avais redémarré, et le vagabond disparu, avant que je n’ai pu comprendre quoi que ce soit.

    Et puis j’avais eu le poste, alors que la situation semblait dans l’impasse ; j’étais censé présenter et signer les nouveaux accords européen ; ultime espoir d’entériner le conflit. La pression était grande, inquantifiable, mais mon soucis ardent du bien de l’humanité faisait de moi la personne idéale pour corriger le tir avant l’irréparable ; seulement, le tir avait eu lieu derrière mon dos, tandis que j’errai dans les nuages. Cinq minutes après l’accident, j’avais déjà repris conscience, et le vagabond avait disparu ; mon attaché de presse entra brusquement dans mon Bureau,  « Monsieur Tiranide ! Serge ! Le parlement est en train de bruler ? que faites vous ici ?

_Je me sentais mal… Je crois que je me suis évanoui… Le parlement prends feu, vous dites ?

_Il vient d’y avoir une explosion, j’étais parti à votre recherche lorsque c’est arrivé, votre cellulaire est coupé. Je ne sais absolument pas ce qu’il s’est passé, mais j’avoue penser à rentrer en Suisse dès cette après-midi.

_J’en suis désolé, mais vous n’êtes pas à blâmer. La guerre va reprendre, c’est inévitable ; mais ce n’est plus guère la notre, désormais, cela dépasse nos intérêts… »

   Il avait l’air bouleversé, même si pourtant il s’était préparé à cette situation depuis les quinze dernières années ; Billy Sumner avait été l’une des rares personnes honnêtes que j’avais rencontrées dans ce milieu avide de suffisance ; et de par sa douceur naturelle qui éclipsait, le temps de quelques minutes, tous les malheurs du monde, il avait bien mérité cette retraite anticipé. Il me fit ses adieux, humblement, puis réajusta le col de sa veste, et parti.

   Moi aussi, je devais songer à partir. Oh combien !

                                           *

 

 

 

   

   

Par LE CHIEN
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Vendredi 31 juillet 2009 5 31 /07 /Juil /2009 23:25
Par LE CHIEN
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Jeudi 23 juillet 2009 4 23 /07 /Juil /2009 00:04
Notre ami Roger Savarly nous gratifie des vingts première pages de son prochain roman, L'Expansion Economique. Enjoy.

 

Je connaissais Donna et Gerard Steven depuis quelques années déjà, Donna était l’ami de ma femme, elle s’étaient rencontrées lors d’un tournage, une comédie romantique à gros budget, et lorsqu’elles découvrirent qu’elles vivaient à quelques maisons d’écart dans West Hollywood, leur fréquentation devint quotidienne, et il fut fatal que cet étrange couple entre dans ma vie. « Tu sais, chaque couple est étrange en soit », m’avait corrigé un ami hollandais avec qui je partageais cette histoire. Certes, chaque couple est étrange en soit, mais celui-là l’était d’autant plus !

   L’alliance d’un riche vétérinaire, qui sur un coup de bourse dément avait remporté le pactole, grâce aux conseils d’un de ses cousins, golden boy à Wall Street, et d’une jeune actrice sulfureuse, convoitée par les cinéastes les plus scandaleux de toute la métropole, femme enfant candide d’apparence qui s’était fait remarquée pour ses prestations sexuellement malsaines, avait donné naissance à ce binôme électrique qui, s’il avait tout du jeune couple moderne, qui sous un verni glamour développait une réelle tendresse, au début de notre rencontre, avait évolué en un effroyable monstre à deux têtes, dégoutant d’excentricités et de violence non contenues.

    Chaque couple est étrange en soit, c’est un fait, le mien avait le mérite d’être solide, c’est un fait plus étrange encore, à notre époque de mœurs distendus, pourtant l’expérience des Steven avaient infailliblement fragilisé notre couple, frappé de lucidité face à cette exhibition d’atrocités. Nous nous étions connus à l’université, j’achevais des études tardives lorsque ce petit oiseau vint se poser sur mon épaule ; elle préparait son entrée en école de journalisme, et on parlait beaucoup de moi, ayant déjà fait mes preuves dans nombres de revues alternatives ; elle était venue me parler d’un article publié dans Exquise escorte, quelque chose d’assez vague sur le pouvoir hypnotique de la littérature, et si au départ je jouait l’impassible, son petit jeu s’avérait contagieux, et à la sortie d’un bar de Beverly Hills, quelques jours plus tard, elle était dans mes bras. Deux années s’écoulèrent, où j’obtenu  mes diplômes, et nous nous mariâmes un jour léger de mi-septembre ; puis j’avais publié ces livres qui m’avaient apportés un succès conséquent, et une sacrée renommée dans le domaine des cultures déviantes, au point de nous offrir cette maison, cette splendide maison, nichée au creux de West Hollywood ; à une cinquantaine de mètres de chez les Steven.

   C’était il y a bien vingt ans maintenant, un soir Brigitte, mon épouse, rentre tout sourire de son bureau en centre ville.  « Ca y est ! j’ai été prise ! Je commence demain ! ». Il s’agissait d’un casting qu’elle avait passé la semaine précédente, et dans lequel elle avait placée un espoir qui venait de se justifier. A vrai dire, j’étais assez anxieux de voir les ambitions artistiques de ma femme se concrétiser, mais même si je m’inquiétais de la voir quitter son poste de journaliste sportif pour exercer à plein temps le métier d’actrice, j’étais pourtant fière d’elle et heureux de la nouvelle, pris dans l’euphorie d’un rêve qui se matérialisait, même s’il n’était pas le mien, suffisamment de poussière s’en dégageait pour m’étourdir de bonheur.

   C’était cette fameuse comédie romantique, celle qui au final n’avait pas remporté le succès escompté, endiguant par la suite la fulgurante carrière de mon épouse au cinéma. A l’époque la notoriété de Norma Steven était déjà installée, et l’idée de jouer avec elle excitait beaucoup ma petite poupée, à tel point qu’elle n’en dormait plus, passant des nuits entières à chercher dans les magazines des informations sur l’actrice. Galvanisée par le projet, elle tendait à prononcer des sautes d’humeur, mais à mesure que le début du tournage s’annonçait, elle reprenait un calme masquant une profonde angoisse, ce qui la rendait merveilleuse.

   Ce qui me troublait le plus était l’idée d’avoir à parler d’elle, dans l’un de mes articles ; je tenais en effet une chronique cinéma dans un magazine masculin, et même si ce n’était pas l’activité la plus fondamentale de mon métier, il s’agissait là d’une petite chose qui avait son importance ! Aussi, c’était des inquiétudes sans fondement, puisque je n’avais jamais eu à m’acquitter de cette tache ; en revanche, plus d’une fois je m’étais étalé sur Norma, et s’il était difficile d’évaluer ses prestations, lorsqu’on savait de quoi elle était capable dans la vie quotidienne, j’avais entrepris, à l’aide d’un long travail d’auto-persuasion, à faire la part des choses.

   Le film n’avait pas marché, mais une réelle amitié naquit entre les deux jeunes femmes, et elles ne se quittaient que lorsque Norma partait à l’étranger pour un tournage, et que ma Brigitte n’étais pas en mesure de la suivre. La proximité de nos habitations arrangeait bien l’affaire, et pour officialiser en quelque sorte cette relation ambiguë, nous fumes invités à une soirée chez les Steven, une sorte de party mondaine à quatre, autour de jeux de société intellectuels et de vins italiens. C’était un raffinement brut et moderne qui se dégageait  de l’intérieur des Steven ; les murs avaient étaient laissés blancs plâtreux, mais on y avait exposés d’intriguant tableaux de scènes bibliques réinterprétées sous une forme de pop art cubique, et dont l’apport chromatique ravissait l’œil, en relief de la pureté des murs. Sur des meubles d’un style ethnique surlignés d’un vernis conceptuel, sévissaient les steppes d’une faune pétrifiée, figée à l’infini, composée d’une panoplie d’animaux empaillés. Le salon se déclinait en quatre fauteuils noir et aigus, d’apparence virulente mais néanmoins très confortable, et sur le mur opposé à l’entrée de la pièce, était disposé, entre un koala et un singe albinos, un écran démesuré, apportant au lieu un standing assez rare.

   J’étais assez intimidé à l’idée de cette rencontre ; Brigitte m’avait pourtant assuré de ne pas m’inquiéter, prétendant que Norma était tout compte fait une personne très naturelle, mais j’avais ouïe certaines extravagances qu’on lui prêtait, et qui rendait la perspective de cette expérience très particulière ; quant au cas mystérieux docteur Steven, je ne m’attendais à rien de précis, et au final, je peux affirmer que j’en ai eu pour mon compte.

   J’eus d’emblée affaire à un couple excentrique, qui dans son excentricité était réglé comme une horloge ; on aurait dit dans certaines de leurs manières caricaturales un duo d’acteurs dans quelque feuilleton louche ; cependant, c’était un détail qui m’amusait alors, et je trouvais rapidement le couple sympathique, au point de partager quelques blagues douteuses mettant en scène des nains et des masques à gaz, et d’échanger quelques anecdotes sur les actualités de notre voisinage, qui fourmillaient de cancans de toute envergure, et qui acheva de rendre la soirée délicieusement bon enfant. En sommes, ils étaient différents de nos fréquentations habituelles, de par l’aura hédoniste désinvolte qu’ils dégageaient, mais il n’y avait, à vrai dire, encore rien de bien méchant ; ce genre de veillée cordiale se répéta à plusieurs reprises, et si la complicité entre Norma et Brigitte était exponentielle, mes relations avec le couple se limitaient à une passive et ponctuelle jovialité.

   Lorsque le tournage fut achevé, Brigitte se mit à tourner en rond dans la maison ; elle qui comblait ses temps morts en faisant le ménage, déambulait dans les couloirs, montant et descendant sans cesse l’escalier de sapin verni, allumant, éteignant la télévision à écran plat, au gré de ses sautes d’humeur. Il y avait ce reportage que je comptais réaliser à la fin de la semaine, sur la scène musicale électronique mexicaine, qui était en pleine expansion ; je lui avais proposait de m’accompagner, c’était l’occasion idéale pour prendre quelques jours de vacances ; cependant Norma m’avait pris de cours, en lui demandant de la suivre sur un tournage dans un désert en Espagne, pour un film de science-fiction avec des araignées géantes, ce genre de choses. Ma petite Brigitte, excitée comme une puce, ma petite puce ne savait comment me l’annoncer ! Mais même si j’étais vexé, je ne le montrais pas ; je me rendais bien compte qu’elle avait besoin de changer d’air, elle avait mérité ce repos, et puis, « on va faire du deltaplane ; tu sais que ça fait des années que je veux essayer, mon chéri si tu savais… ! ». En effet, si j’avais su !

   Elle devait partir huit jours, qui se prolongèrent en quinze ; une parti du matériel qui était resté en plein soleil avait brulé, il avait fallut en faire venir du nouveau par avion, pendant ce temps-là c’était moi qui tournait en rond le soir, d’ailleurs le coup des escaliers avait l’avantage de muscler les chevilles, limitant les dégâts du whisky par des séances de méditations transcendantales, qui fonctionnaient largement moins bien que dans les livres ésotériques. Enfin elle rentra un vendredi après-midi, toute brulée de partout, encore plus fatiguée qu’à son départ, et pourtant elle souriait avec ses joues toutes brunes, et j’étais fin heureux de récupérer ma Brigitte pour moi.

   Elle en avait de belle à me raconter, rapport au voyage ; elle avait découvert une liaison entre son amie et l’acteur principal, ce qui ne l’épatait pas temps, puisque Norma lui avait déjà confiait qu’elle trompait régulièrement son mari, mais enfin quand même, c’était osé. Les déboires de la brune ne m’intéressaient pas, au fond j’y étais indifférent ; pour Brigitte j’étais tranquille, j’avais une confiance exclusive en elle, qui faisait de moi un jeune homme bien naïf. Je ne craignais pas de la voir s’envoler avec un jeune premier New Yorkais de passage, nous avions une relation sereine qui excluait toute perspective vicieuse de ce genre, mais l’influence d’une dévergondée d’un tel  calibre, faisait, j’ose l’avouer, vaciller mon assurance, et je n’étais jamais très certain de ce qu’il se passait lors de leurs virées aléatoires. Mais j’étais bien trop occupé par mon travail d’investigation, ce qui m’évitait le loisir d’échaffauder des hypothéses.

    Et puis un soir Brigitte est rentrée très tard, en vérité on peut meme dire que c’est tot le matin qu’elle est entrée dans la maison en titubant ; je croyais d’abord qu’elle avit bu, meme si ce n’était définitivement pas on genre, jusqu’à ce que je vis ses pupilles figées, compressées dans ses prunelles ; je compris alors qu’elle était carrément shooté.  Elle avait le teint blême et l’air interloqué ; je choisis de ne pas faire d’histoire et de la mettre au lit, mais elle ne voulait pas dormir ; elle chercha dans la pile de dvd au-dessus de la commode, jusqu’à ce qu’elle trouve ce film où elle jouait, cette comédie romantique bidon ; elle avait chargé le disque dans le lecteur, en le laissant tomber à deux ou trois reprises dans sa démarche maladroite, puis elle s’était installé dans le fauteil, et avnt la fin du générique elle s’était mise à pleurer, en silence ; puis elle avait rampé jusqu’à la cuisine, ouvert le frigidaire et sorti une grosse pizza garnie d’anchois ; assise sur le carrelage, entre deux appareils ménagers, elle s’était mise à déchiqueter la pate, en en avalant au passage un ou deux morceau. La sauce tomate sur le visage, dans la pénombre de la pièce, lui donnait un cachet horrible, et dépité par cette scène surréaliste qui se jouait dans mon foyer à pas d’heure, je choisi d’aller me coucher.

    La sonnerie du téléphone me tira du lit plus tôt que prévu ; c’était Joe, mon rédacteur en chef préféré, qui m’attendait pour un gros coup sur le boulevard, le genre qui patienter un journaliste toute une journée pour obtenir des explications de sa femme raide défoncée. Mais c’était le devoir, et je sautai sur les lieux après avoir avalé un bol de café que j’avais coupé avec un peu d’eau, afin de le refroidir. Brigitte avait du essayé de me joindre dans la journée, mais avec Joe on était de sorti, on faisait la cour à une star internationale qui répondait au doux nom de Bonnie Day. Nous avions l’exclusivité mondiale sur une interview promotionnelle qui dérapa très vite en décaddente masquarade ; puis après quelque dégraffages de soutien-gorge par l’attaché de presse, l’affaire se tassa ; j’étais de retour à la maison sur le coup des dix-sept heures, à peine grisé par les bloody mary engloutis.

   Brigitte était assise dans le séjour, elle lisait un magazine, son corps mince concassé dans les angles moelleux du sofa. « Déjà levée ? », je lui lance, caustique. Elle me jette un regard un peu perplexe, en coin, puis retourne à ses potins. Je vais à la cuisine, m’ouvre une bière, puis je m’installe au soleil, sur la terrasse. Je jette un coup d’œil aux jonquilles, elles sont dans un sale état ; c’est que ma petite femme ne s’en occupe plus depuis bien longtemps, déjà, de ses fleurs chéries, et cela ne m’avait jamais percuté jusqu’alors, de prendre le relai. Je me léve et part à la recherche de l’arrosoir ; en entrant je surprend Brigitte qui enfile son manteau. « Je vais chez Dockers acheter des chocolats. Tu m’accompagnes ? ».

   J’étais soulagé qu’elle n’aille pas retrouver cette dépravée de luxe, et les chocolats sonnaient bien ; aussi j’étais heureux de grimper sur le siège passager de son opel, de la retrouver innocente jeunette confinés dans le véhicule, à la recherche de friandises. Les chocolats de Reney Dockers avaient la mainmise sur le tout Hollywood, et on prétendait qu’à une certaine heure ils causaient plus de ravages que la coke, le crack ou même l’héroïne ; certains allaient jusqu’à assurer que ces sucreries monumentales étaient classées dans le registre des armes les plus potentiellement dangereuses, dans les dossiers obscurs du pentagone. Cette anecdote la fit beaucoup rire, et rien que ses yeux qui brillaient à nouveau de la sorte, ça l’avait pardonnée, instantanément.

   Je n’avais jamais véritablement appris la moindre chose sur cette mystérieuse soirée de débauche, et j’osais espérer à un délire mystique new age un peu dégénéré, et d’une façon ou d’une autre mon épouse avait du être prise au piège, car je la savais comme une personne responsable, au-delà de son éloquente ouverture d’esprit. Cependant l’événement avait été vite oublié ; la sœur de Brigitte, la petite Miranda, venait d’accoucher dans une clinique d’Aspen, et nous partîmes quelques jours au grand air pour aller lui rendre visite. Brigitte avait insisté pour faire un tour en téléphérique, et j’ose avouer que l’expérience en vallait la chandelle ; meme si l’embarcation tanguait à la moindre secousse. Enfin, après quelques visites familiale qui s’imposaient, nous compostames nos billets retour, et c’est en lisant le Daily news dans le train express que j’avais appris la nouvelle ; « Le mari de l’actrice Norma Steven mis en examen pour homicide », lisait-on en grand dans la rubrique des faits divers.

    Ils s’agissait d’un article bref et maladroit, sans doute le collage de quelques notes prisent par un stagiaire ; on y mentionnait le corps d’un homme retrouvé à la lisière d’un bois, cinq kilomètres après la sortie ouest d’Hollywood. L’enquête avait rapidement mené à Gérard, puisque le cadavre portait des vêtements étiquetés à son nom. Gérard aurait été mis en détention provisoire, ce genre de chose ; en marge de l’article, on avait disposé une photo de Norma, le regard dissimulé sous d’épaisses lunettes noires, se frayant un chemin à travers un essaim de journalistes survoltés.  « Fait voir… », lança laconiquement Brigitte en s’emparant du quotidien ; elle n’avait pas eu de mal à reconnaitre son amie sur la photographie, d’autant que son nom figurait en grand caractères juste à coté, et, tandis qu’elle parcourait en tremblant le compte-rendu des événements, je percevais une lueur de terreur qui s’épanouissait progressivement dans le fond de ses yeux, à mesure de sa lecture ; je veux dire, un mari perçoit ce genre de chose, dans le cadre d’une relation saine de tendresse. C’était évident qu’elle savait quelque chose à propos de tout ça. Je me risquai à lui demander si elle y comprennait quelque chose, mais elle restait là, plaquée sur son siègen les yeux dans le vide. Puis, après un silence malsain, elle osa quelque mot :  « je crois… je crois qu’il s’agit d’une horrible erreur ! », cracha-t-elle en accentuant la fin, ce qui lui donna un air effectivement outré. Elle se mit ensuite à jouer avec ses cheveux comme une gamine hystèrique, et lorsque nous descendîmes à Hollywood central station, elle était toute décoiffée.

    Pendant la période qui avaient suivi les événements, je ne reconnaissais plus mon épouse ; c’est qu’elle était toute chamboulée ma petite Brigitte, non seulement par les déboires des Steven, mais aussi à cause de la banqueroute de son film, que les critiques avaient essentiellement retenu comme étant un gouffre financier, et à cause des multiples refus qu’elle essuyait à mesure des castings. Même l’influence de Norma ne suffisait pas à lui faire décrocher le moindre petit rôle dans une série B. C’était le rêve qui semblait fuir, à travers le lavabo qu’on avait débouché, et le siphon réactivé était sans pitié pour ma brindille de femme. Elle et Norma se voyaient moins souvent, mais elles passaient leur temps au téléphone ; dans ces moments-là Brigitte se réfugiait dans la chambre, et prenait le soin de parler tout bas ; n’empêche, la peur l’emportait sur la curiosité, et je ne voulais même pas ce qui se tramait là-bas, à travers le réseau des télécoms, à cinquante mètres d’intervalle, au sud de West Hollywood.

   J’avais pris le parti de me réfugier dans le travail, me portant volontaire pour diverses charges que j’eu esquivé quelques semaines plus tôt, jusqu’à suivre mon ami le photographe Ben Sharman dans un road trip animalier en Australie. J’étais certes inquiet de laisser Normal, surtout dans l’état où elle se languissait, mais elle m’avait assurait que tout rentrerait dans l’ordre et qu’elle ne sortirait pas de la maison, ce que je n’aurais pas du croire ; mais c’était ma  femme, celle avec qui j’avais choisi de passer les dix dernières années, celle dont je voulais garder la compagnie pour toutes les suivantes, et je voulais là croire lorsqu’elle me répétait, d’un vague sourire, que tout se passerait bien.

    C’est son avocat qui essayait de m’appeler, alors que nous observions de drôle d’animaux velus en plein désert ; Ben essaya d’assurer la liaison, mais il ne percevait aucune tonalité en décrochant l’appareil cellulaire ;  « Tu sais, le réseau est tellement aléatoire dans cette région ; prenons la jeep et approchons nous de l’antenne réseau, si c’est si important » . Le cas échéant, c’était une bonne idée.

    Arrivé à l’entrée d’une ville, Ben renouvela ses manipulations, et quelques secondes plus tard, il récupéra la liaison avec Jerry Smith. « Mike, c’est Jerry ; il faut que je te previenne, ta femme viens d’etre mise en examen pour complicité de meurtre, mais détends-toi, au final il n’y à rien de concret, je maitrise le dossier, donc ne t’inquiètes surtout pas. J’ai eu la caution à vingt mille, j’ai eu le temps d’amadouer mon vieil ami le procureur Colson le temps d’un déjeuner au ranch des Quatre étoiles, Brigitte devrait rentrer à la maison sous quelques jours ; elle va bien mentalement, elle a beaucoup de sang froid et elle respire l’innocence, on ne tardera pas à la libérer ; mais crois moi, Mike, je sais que vous ne me payez pas pour vous donner des conseils sur votre vie de couple, mais Mike, bordel de merde, tu ferais bien de surveiller les relations de ta femme, parce que les canailles à paillettes qu’elles fréquentes, ces tarés de la luxure, ça sent pas bon Mike, ni pour elle, ni pour toi, ni pour moi-même. Ce n’est pas notre monde… »

    Je n’eus pas le temps d’évacuer un mot que la connexion avait déjà lâché, et je restai pantois, immobile derrière la Jeep, sous le soleil Australien, mais n’était-il pas le même que le soleil californien ? N’était-il pas le même ?

   Jerry était une vieille connaissance de l’université,  et si nous n’étions pas les plus proches amis du monde, nous avions élaboré une relation de confiance, si bien qu’il était devenu l’avocat de Norma, un peu naturellement, lorsqu’elle avit du assurer sa défense pour une obscure affaire de succession, quelques mois après notre mariage ; si Jerry prétendait qu’il n’y avait aucune inquiétude à avoir, ce devait etre le cas, mais comment réagir à de telles nouvelles ? « Ben, je dois rentrer, Brigitte a des problèmes ; mais avant toute chose, installons nous au bar le plus proche, je ne voudrai pour rien au monde partir sans avoir gouté cette bière dont tu m’as temps parlé ; et puis, je suis sincérement convaincu que j’en ai réellement besoin ».

    Comme convenu, Jerry était là pour m’accueillir à l’aéroport ; le sourire qu’il affichait n’était pas que politesse, en fait il m’annonça que Brigitte avait était relâchée dans la mâtinée ; par ailleurs, Gerard aussi était libre, totalement blanchi par un témoignage inopiné, tandis qu’on avait arrété le vrai coupable, un ancien marin qui vagabondait le soir dans les quartiers chic, et qui vous rasait de très prét, en quelque sorte pour tout vos billets. J’étais soulagé, meme si j’avait l’impression que les événements se succédaient trop vite. « Mais alors, demandai-je, pourquoi ma femme et ce Steven ont-ils étaient mélés à cette histoire ? »

   En sa qualité d’avocat, Jerry avait  le devoir de garder secrètes certaines informations, mais à titre d’ami de longue date, il ne pu s’empêcher de m’en révéler plus qu’il n’en fallait ; quand il s’agissait de parler, je ne connaissais pas de Challenger à Jerry, et même si des outsiders en or proliféraient, il Gardait la mainmise sur le bagout intempestif, comme sur la logorrhée céleste. C’est ainsi qu’il m’apprit que Gérard avait rencontré le mort, un certain Reinhardt Open, dans un club echangiste de Sunset Beach, où il était de coutume d’échanger également les vêtements, ce qui expliquait pourquoi on avait retrouvé la victime vêtu d’une veste de velours et d’une chemise de soie siglées aux armes de Gérard Steven ; quant à Brigitte, elle se trouvait chez les Steven, le soir du crime, il s’agissait d’ailleurs du fameux soir où elle était rentrée totalement explosée à la coke… Mince, mon existence tranquille semblait me filer entre les doigts !

    J’invitais Jerry à prendre un café à la maison, invitation des plus opportunistes puisqu’elle me permettait de ne pas rentrer à pied. Voir Brigitte toute rayonnante, l’air enthousiaste et occupée à faire la vaisselle, de surcroit, me remonta subitement le moral. Après tout, oui, tout pouvait rentrer dans l’ordre.
    C’était l’anniversaire de Joe, le rédacteur en chef de Storyteller, et comme il avait lançait la boite ce même jour, on fêtait du coup les vingt ans du magazine. Tout les auteurs à succès, les éditeurs prestigieux, les cinéastes les plus convoités et l’intelligentsia californienne allait être conviés à cette soirée de gala qui s’annonçait du tonnerre. Brigitte, qui raffolait par-dessus tout des mondanités, prit l’opportunité à cœur joie, bienheureuse de pouvoir se changer les idées. J’enfilais mon plus beau costume, enfin, je ne savais pas si c’était le plus beau, mais le plus cher certainement, tandis que Brigitte avait choisi sa splendide parure dorée à rayures, qui mettait en valeur son charme pétillant. Alors que j’allais abandonner l’idée de fixer mon nœud papillon moi-même, on sonna à la porte. Brigitte alla ouvrir en sautillant, c’était Norma.  Brigitte lui avait évoqué la soirée, et elle s’était mise en tête de nous y accompagner ; ma petite vicieuse de femme me lança un de ses regards qui me fit admettre malgré moi que je n’y voyais pas d’inconvénients.

   N’empêche, ça me foutait mal à l’aise de me présenter là-bas accompagné de cette actrice qui faisait la une de la presse à scandale, bien que dans l’assemblée il devait y avoir bien d’autres prétendant aux tabloids. Seulement, je ne voulais pas qu’on m’évalue à la légère, et ma notoriété dans le milieu risquait d’en prendre un coup.

   Après quelques verres, je devins moins nerveux, m’apercevant d’autant plus que Norma faisait sensation ; elle enchainait les conversations avec assurance, sans se laisser démonter, et d’aucun la décrivaient comme absolument brillante. Même Joe, tout de gaité et d’allégresse, me félicita de l’avoir amenée.

Brigitte eu la joie de rencontrer un chanteur de rock and roll célèbre dont j’ai oublié le nom, et avec lequel avait fréquenté la même classe de sport, l’année de ses huit ans. Je parlait avec Gabriel Wallace, un écrivain irlandais spécialisé dans la poésie sous-marine, quand un convoi spécial fit irruption dans la vaste salle des fêtes du palais des congrès, composé de quatres demoiselles légérement vêtues sur le thème de l’Inde septentrionale, escortant un charriot sur lequel trônait un immense gâteau tout de fruits rouges, de crème, de meringue et de chocolat ; un orchestre surgi de nulle part commença à jouer une série de réinterprétations latino du répertoire de Bill Withers, et une intempérie de confettis acheva de semer l’euphorie totale dans la foule ; pris par l’élan , j’avoue avoir un peu abusé de la bouteille ; pas très judicieux pour garder le contrôle sur ce qui allait se produire.

   Je me souviens apercevoir Norma dans les bras de Von Olman, un éditeur respecté dans le domaine de la recherche, puis quelque instants plus tard, elle en embrasse un autre, Jim Akercan, oui le dessinateur, et ne voilà-t-il pas que ce quinquagénaire confit au Jack Daniels lui retire son bustier, et elle se laisse faire, continuant ses pas chaloupés en soutien gorge, puis les seins à l’air ; puis je me rends compte qu’autour de moi des scènes similaires prolifèrent, on se dévêt  et se caresse sans pudeur, et je suis soudain pris de panique, jai peur de la retrouver la tete entre les jambes de la rockstar ; heureusement, elle est dans la cuisine, elle essaye de trouver du lait, je lui explique ce qu’il ce passe, elle me réponds « suis- moi ».

   Elle me fit passer par un petit couloir qui se faufilait dans l’arrière cuisine, pour aboutir à une esplanade bordée de sapin, et parsemée de buissons de roses ; Brigitte me donna la main et nous marchames dans le parc , sous la nuit, comme deus amoureux solitaires. Puis après quelques pas, elle m’avoua que Brigitte lui avait raconté avoir rencontré la moitié des invités dans des club d’échangisme de la plage, et qu’elle avait projeté de faire déraper la soirée, pour voir de quoi ils étaient capables. Meme Joe, lui avait-elle affirmait, était un habitué de ce genre d’endroits aux mœurs douteux, et j’en fut d’autant plus stupéfait que je n’en avait pas la moindre idée ! Tout ce gotha qu’il me fallait fréquentais dans l’exercice de mes fonctions, et que je considérais comme une élite respectable et influente dans les cercles intellectuels, comment pouvais-je le considérer sous ce jour sordide, mêlé de vice et d’une humiliante déchéance, qui me rendait la scène aussi ridicule que gerbante. « Tu sais bien que nous deux, nous ne sommes pas comme ça », m’avait soufflé Brigitte de son air mutin, et ça m’avait fait aussitôt fait chaud au cœur, ça avait aussi soufflé la solitude absolu qui avait pris, l’espace de quelques instants, possession de mon âme. « Tu as pris de la drogue avec les Steven, l’autre soir, avoue-le ». je ne savais pas si c’était le moment opportun, mais le sujet était lancé. Elle eut l’air gêné quelques instants, puis : « Oh après tout… Ca te fera peut-être rire… Il y avait de la cocaïne dans la sucrière, je n’en avais aucune idée. Gérard voulait faire une sorte de blague à Norma… Tu sais, ils sont un peu étrange parfois… »

   Si ces explications m’avaient semblé bien légère, je pris le parti, à cette heure tardive, et dans un tel contexte, de m’en accommoder. Puis Norma sorti du bâtiment, complètement nue mais parfaitement maquillée, et vint nous rejoindre sur la pelouse. « Vous êtes là, lança-t-elle. J’ai froid ; on rentre ? »

   Nous eûmes à subir un contrôle de police, sur la route du retour, chose bien gênante aux vues de la situation, mais l’agent de police nous relacha rapidement, après que Norma l’ait autorisé à la prendre en photo devant son véhicule. Qui sait, peut-être que cette photographie lui payerai sa retraite anticipé, et qu’il pourrait se retirer dans un chalet au bord d’un lac au Canada, passant ses journées à sortir des truites grosses comme l’Himalaya.

   Moi, ma femme, ç’aurait été une abomination de la voir se tenir comme ça, aussi ça me réconfortait de la savoir d’ame pure, et de pouvoir, en toute circonstances, garder confiance en elle.

 

 

Par LE CHIEN
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Dimanche 19 juillet 2009 7 19 /07 /Juil /2009 20:26



A l'attention d'un public exigeant dans le domaine Techno Music, l'érudit Roger SAVARLY nous offre un set de 50 minutes de bonheur hypnotique.
C'est ici:
https://www.yousendit.com/download/Y1RyRFFVNkc3bUIzZUE9PQ
Et le tracklisting:Bruno PonsatoAt home i'm a tourist/Larry HeardBlast off/Petre InspirescuLa creme bonjour/Affkt and Danny FiddoCartas para geisha(Falto pepica Luciano mix)/Josh WinkMinimum 23/AkufenSkidoos/Omar SMicronesia/Mirko LokoBlue book/Silicone soulHurt people hurt people/RebootCaminando/Spencer ParkerThe girls in pink/WareikaKing's child(Ricardo Villalobos remix)/AllergyIntuition(Remix)

A LA BONNE HEURE!

Par LE CHIEN
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Jeudi 9 juillet 2009 4 09 /07 /Juil /2009 14:46
Réfugions nous le temps d'un été sous les courbes rassurantes du mouvement universel; On en finit en effet pas de danser sur la sono mondiale Du Mazor Lazer, qui de son esthétique irréprochable montre la voie.

 

Le retour d'un vétéran pour célébrer le mouvement: il s'agit de l'incroyable "Dance Classic", magnifique et magique double album de Ron Trent, épopée à travers l'age d'or de la house sous formes de piéces hypnotiques et funky, attention c'est bien d'art qu'il s'agit. En attendant, un autre classique:


Y'a des meufs un peu extravagantes qui surgissent ça et là de temps en temps, genre y'a eu Bjork, y'a eu Leila, y'a eu Ellen Allien, y'a eu Miss Kittin, y'a eu Mia, y'a eu Santogold, y'a eu Miss Platnum et maintenant là y'a Ebony Bones qui fait parler les branchés, et , justement, danser les initiés. Efficace et dérangé, ça nous redonne des envies de Paris Grey...

 

 

Et de donner la main à une fille; puisque c'est l'été profitons en donc pour suivre l'ondée réparatrice du mouvement récréateur, en rdonnant sa chance à la musique, à l'instar de Mirko Loko, signataire d'un album de haute volée sur l'incontournable Cadenza.


On a toujours soif du jeune label Warp, surtout lorsqu'ils se décident à ranger les guitares, quoique... Lorsque c'est ambiance feu de camp mystique propre à accompagner les aurores boréales, genre Boards Of Canada, on en redemande, d'autant que l'affaire est sacrément efficace, disons langueurs catchy propre à faire entamer la pire des journées en douceur; Mais s'il n'y a que des belles journées, que faire de ce disque? L'écouter, encore...

Le saviez-vous? ce disque intemporel sera sans doute élu album de l'année par l'équipe d'EL YOGABAL. En attendant, pourquoi ne pas se dandiner façon cyberfunk pop explosée avec l'improbable Flo Rida, nouveau concasseur d'influences en chef, qui frole parfois allégrement le n'importe quoi jusqu'au sublime. Comment peut-on faire un tel morceau et conserver sa dignité? Absoluement génial.
Enfin, pour en revenir au aurores boréales, jusqu'à la prochaine...
Par LE CHIEN
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